Le Raspberry Pi n’est pas le premier ordinateur miniature — les plug computers, ces ordinateurs si petits qu’ils tiennent dans l’espace d’une prise secteur, sont désormais courants. Mais cette machine de la taille d’une carte de crédit se distingue par son ouverture, sa plateforme matérielle moderne, sa connectique et surtout… son prix ! Pour moins de 40 €, que peut-on faire avec un Raspberry Pi ? Quelques réponses dans notre test.

Une carte-mère au format carte de crédit, et rien d'autre : le Raspberry Pi est livré sans boîtier, sans carte SD de stockage, ni même de bloc secteur.
Une carte-mère au format carte de crédit, et rien d’autre : le Raspberry Pi est livré sans boîtier, sans carte SD de stockage, ni même de bloc secteur.

Pas forcément pour la bureautique

Le Raspberry Pi est construit autour d’un SoC Broadcom BCM2835 : il dispose donc d’un processeur ARM11 700 MHz, d’une puce graphique VideoCore IV, et de 256 Mo de RAM. Cette fiche technique rappelle les machines de la fin des années 1990, les performances aussi : l’installation recommandée d’une distribution Debian avec l’environnement de bureau LXDE, pourtant légère, se révèle particulièrement lente. La plupart des tests bruts affichent des scores 10 à 100 fois inférieurs à ceux d’un MacBook Air, et démarrer le navigateur Midori prend parfois plus de 10 secondes.

Lorsque l’on est habitué à la fluidité et la rapidité des portables avec SSD ou des appareils iOS, ce retour à une informatique plus rudimentaire est violent. Mais soyons francs : avec ses soudures apparentes, son stockage sur carte SD, ses broches et ses ports, le Raspberry Pi n’est pas conçu pour être une station de travail utilisée de manière conventionnelle. C’est une plateforme de développement, une machine à bidouilles, et, pourquoi pas, un outil pédagogique.

La puce Broadcom BCM2835 est un système-sur-puce : elle combine un module SDRAM (à gauche, fourni par Hynix sur notre exemplaire), et un module CPU et GPU (à droite) placés l'un sur l'autre comme un sandwich. C'est la grosse puce au milieu de la carte-mère, l'autre est le contrôleur LAN.
La puce Broadcom BCM2835 est un système-sur-puce : elle combine un module SDRAM (à gauche, fourni par Hynix sur notre exemplaire), et un module CPU et GPU (à droite) placés l’un sur l’autre comme un sandwich. C’est la grosse puce au milieu de la carte-mère, l’autre est le contrôleur LAN.

Reste que pour certains marchés et dans certains environnements, le Raspberry Pi peut faire office de petit ordinateur pas cher : le Model B, avec ses deux ports USB et son port HDMI, peut être relié à la plupart des écrans ainsi qu’à un clavier et une souris. Il peut être utilisé avec de nombreuses distributions GNU/Linux, dont Debian pour les plus prudents et ArchLinux pour les plus expérimentés : voilà qui peut faire une bonne entrée en matière dans le monde de l’éducation, ou la relative légèreté du matériel peut être compensée par une grande optimisation des distributions… et masquée par l’absence d’habitudes.



Du serveur de développement à la Dropbox personnelle

Mais ce n’est pas forcément le domaine dans lequel le Raspberry Pi excelle : supprimez l’interface graphique, et vous voici avec un serveur miniature, extrêmement économe (3,5 W), suffisamment puissant pour la plupart des petits tests communs, et suffisamment peu cher pour ne pas apparaître comme surdimensionné — et multiplier les Raspberry Pi avec des configurations différentes.

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Le Raspberry Pi peut être utilisé comme plateforme de développement : il prend en charge de nombreux langages, dont quelques-uns des plus populaires (Python, Perl, Ruby, Java, Lua, etc.). Un des usages les plus populaires est sans doute l’installation d’un serveur web (Apache, Nginx, Node.js, etc.), d’un serveur de base de données (MySQL, etc.) et de la prise en charge d’un langage « web » (PHP, Python, etc.), et d’utiliser le Raspberry Pi comme un petit serveur web sur lequel développer des applications.

Certains sont aussi en train de tester le Raspberry Pi comme solution d’auto-hébergement. Nos propres tests montrent qu’avec une distribution LAMP standard (Debian, Apache, MySQL, PHP 5.4.3), le Raspberry Pi peut parfaitement tenir la charge s’il s’agit d’héberger une page personnelle, un petit site familial ou un wiki. Une simulation d’usages montre néanmoins qu’en cas de forte charge, le manque de mémoire vive (seulement 256 Mo) sera un problème, bien avant le processeur ou votre connexion.

Un téléviseur, un vieux clavier, une vieille souris, un chargeur 5W, et c'est parti.
Un téléviseur, un vieux clavier, une vieille souris, un chargeur 5W, et c’est parti.

On peut néanmoins imaginer utiliser le Raspberry Pi comme un serveur personnel : si vous êtes bricoleur et que vos besoins restent limités, ce sera une solution plus économique qu’un Mac et moins gourmande qu’un vieux PC sorti du grenier. Nous n’avons eu aucun mal à l’utiliser comme serveur de mail, contacts et calendriers, ni d’ailleurs à en faire une Dropbox personnelle — c’est dans ce cas votre connexion qui sera la première à accuser le coup. Le logiciel Owncloud se satisfait pleinement du Raspberry Pi, et facilite grandement la mise en place d’une telle solution. Ajoutez un cron pour planifier les sauvegardes vers un disque externe, et vous avez un petit serveur personnel pour moins de quarante euros et deux heures de configuration et de test.

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Un formidable média-center à pas cher

Au-delà de ces usages « utilitaires », le Raspberry Pi peut se révéler être particulièrement utile dans le salon. Il faut avouer qu’il est difficile de lire une vidéo dessus si l’on utilise une distribution classique avec une interface graphique : le processeur est alors saturé en permanence, malgré l’excellente petite puce graphique. Mais la distribution OpenELEC, très optimisée, résout ce problème : elle est entièrement dévouée à l’affichage de XBMC, cette solution de média-center multi-plateforme.

Nous n’avons alors eu aucun mal à lire des vidéos, y compris en HD 1080p de bonne qualité — il faut dire que le Rasperry Pi est doté d’une puce de décodage vidéo. Mieux vaut stocker les vidéos sur un disque externe relié en USB ou sur un volume réseau : elles seront accessibles plus rapidement que si elles sont stockées sur la carte SD du Raspberry Pi. Nous avons testé le contrôle d’OpenELEC avec un clavier sans-fil relié à l’aide d’un dongle, mais de nombreux utilisateurs n’ont semble-t-il pas eu de mal à le faire fonctionner avec une télécommande et un dongle, pour un usage plus naturel.

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Pour peu que votre boîtier ADSL ne soit pas loin de votre téléviseur, vous pourrez sans peine relier le Raspberry Pi au réseau et le cacher derrière l’écran avec son disque externe. L’ensemble sera alors efficace et silencieux, pour une centaine d’euros — l’Apple TV équivalente est certes infiniment plus élégante, mais elle est aussi moins flexible. Pour quelques euros de plus, vous pourrez vous fabriquer un boîtier en carton, voire en commander un en plastique.

Et encore plus…

Ces trois usages ne sont que quelques possibilités d’utilisation : certains parlent de domotique, nous avons commencé à tester l’intégration de la NFC, et d’autres pensent déjà sortir leur fer à souder pour inclure le Raspberry Pi au sein de projets plus complexes.

Soyons très francs : si vous n’êtes pas bidouilleur, le Raspberry Pi n’est pas fait pour vous — mettez les 40 € dans une jolie protection pour votre iPhone. Si par contre vous n’avez pas peur de la ligne de commande, ce sera un fantastique outil pour perdre beaucoup, beaucoup, beaucoup de temps, et énormément s’amuser au passage.



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MàJ :2016-06-01 14:37:39